Wake Up Dead Man

Quelques textes made in SickSadWorld pour vous chers internautes. Les commentaires sont plus que conseillés !

10 janvier 2008

Suite des aventures de ma psy préférée

Elle venait de terminer une journée longue en consultations. Non seulement, elle avait eu droit à une patiente hypocondriaque, qui pensait avoir le paludisme, alors qu’elle n’avait jamais mis les pieds dans des pays à risque ; mais en plus ce nouveau patient ne voulait plus quitter son esprit. Monsieur Roger Grapton et ses yeux bleus étaient restés présents dans un coin de sa tête jusqu’à la fin de sa journée. Et maintenant encore, alors qu’elle regagnait sa voiture dans le parking souterrain de son immeuble, il était là devant ses yeux. Son image mentale restait gravée dans son cerveau sans qu’elle ne puisse se l’expliquer. Elle espérait qu’un petit tour en voiture lui éclaircirait les idées. Tellement absorbée par ses pensées, elle n’entendit pas les pas de l’homme derrière elle. Ce n’est qu’une fois devant son Aston Martin, qu’elle se retourna et l’aperçut. Il était habillé d’un survêtement noir et avait une mine patibulaire. Cela ne présageait rien de bon. Elle n’était pas de nature craintive, mais cet homme avait une aura telle qu’il aurait fait fuir le plus courageux des hommes. Elle fouilla à la hâte dans son sac pour en extraire ses clés, clés qui bien entendu restaient introuvables. L’homme se rapprochait d’elle rapidement, dangereusement. Il sortit un objet de sa poche. Elle aurait du y prêter plus attention, mais elle était tellement concentrée à chercher ses clés, qu’elle ne vit pas le couteau dans la main de l’homme. Elle leva la tête au moment même où l’inconnu était à sa portée. Toujours pas de clés.

« Ton sac tout de suite, où je te plante ! »

C’est en entendant sa voix qu’elle remarqua que l’homme n’était autre qu’un jeune homme, il devait avoir à peine l’âge de la majorité. Mais il faisait bien une tête de plus qu’elle, et le double de son poids à première vue. Il s’approcha encore pour récupérer son sac à main. Allez encore un petit pas. Là oui c’est parfait. Elle lança son sac en l’air de manière à désarmer son adversaire. L’homme, éberlué, fit la grimace, et ne put empêcher le poing de la jeune femme d’atteindre son visage. Un crochet du droit et un coup de pied bien placé plus tard, l’homme était à terre, K.O. Trop facile. Ces cours de kick boxing lui étaient revenus subitement, et l’adrénaline qui courrait dans ses veines la faisait jubiler. Rien de tel qu’une petite bagarre pour sortir un bel homme de son esprit. N’ayant pas vraiment envie de gâcher sa soirée à appeler la police, elle laissa son agresseur allongé sur le sol poussiéreux du parking et monta en voiture.

Si elle avait acheté ce petit bijoux ce n’était pas seulement pour son esthétique. Bien que ce serait une raison suffisante. Non une des raisons, en dehors de ses lignes félines, c’était ses performances, des performances de vitesse bien sur. Elle n’était pas très douée en mécanique, mais elle savait que ce monstre de puissance, qu’était son Aston Martin, revêtait tout d’une voiture sportive. Ce soir, alors que la nuit tombait progressivement sur les toits de Paris, sa décapotable vrombissait dans les petites rues de la capitale. Les cheveux au vent, elle savourait la vitesse et les rugissements de sa voiture à chaque démarrage. Paris n’était pas la ville la plus propice à de grandes accélérations, mais quand on connaissait un minimum, ce qui était son cas, alors on s’en tirait avec le plaisir d’avoir poussé un peu sa voiture, afin qu’elle montre aux passants ce qu’elle avait dans le ventre. Et oui il faut bien le reconnaître, lorsqu’on achète une voiture de cet acabit c’est d’abord, et avant tout, pour la frime. Ses pensées avaient disparu, ou tout du moins elles étaient passées dans une dimension temporelle autre que la sienne, ce qui lui permettait d’apprécier ce répit. Elle fit une embardée afin d’éviter une petite vieille qui tentait de se suicider en traversant au moment où le feu passait au vert. Elle accéléra encore de quelques kilomètres par heure avant de ralentir pour rentrer dans le parking souterrain de son immeuble, afin de profiter d’un bon bain chaud.

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20 décembre 2007

Suite du précédent

Comme à l’accoutumée lors de la venue d’un patient, elle fit taire sa voix intérieure, fit taire jusqu’à la moindre parcelle de son être ; et enclencha, ce qu’ils appellent la neutralité bienveillante. Dans son cas, il s’agissait d’un état d’écoute sans limite qui lui permettait de rester attentive à la moindre phrase, au moindre mot de ses patients. Elle n’était pas friande de psychanalyse, mais cela voulait dire, plus communément, qu’elle faisait taire son inconscient pour activer le conscient analytique qui lui avait permis de former cette belle petite clientèle. Cette même clientèle qui lui permettait aujourd’hui de vivre dans le 16ème arrondissement de Paris, en lieu et place de sa banlieue. Accessoirement, cette clientèle lui avait aussi permis de s’offrir un bel appartement ainsi qu’une magnifique Aston Martin.

Elle accueillit chaleureusement son patient et lui proposa de s’asseoir dans le canapé ou le fauteuil. Il choisit le fauteuil, ce qui était une habitude chez les patients qui consultaient pour la première fois. Elle le détailla des pieds à la tête et put déjà se faire une première impression, même si elle savait que celle-ci était totalement formée de stéréotypes. Il était plutôt bel homme, dans la trentaine, les cheveux grisonnant, vêtu d’un costume plutôt chic qi semblait indiquer une belle réussite professionnelle. Il avait des yeux bleu vif qui dénotaient une grande intelligence. Il était totalement impassible et aucun mot ne sortit de sa bouche avant qu’elle ne l’engage aimablement à parler. Il lui expliqua la raison de sa venue : sa femme souhaitait divorcer, car il n’était pas très présent en raison de son travail. Il lui raconta ses insomnies, son manque de motivation ainsi que les disputes qu’il avait eues avec sa femme récemment. Pour elle le cas était des plus évidents, il aurait pu s’agir d’une dépression, seulement quelque chose clochait, sur lequel elle ne parvenait pas à mettre la main.

Il semble tellement décontracté quand il me dit ça, aucun sentiment ne transparaît. Pourtant les symptômes qu’il me décrits laissent sous entendre des sentiments très puissants. Il devrait être triste, presque en proie à l’angoisse. Mais rien de tout cela, tout en lui semble parfait. Sans parler de son physique !

_Avoue que tu te le ferais bien ! Ca fait longtemps qu’un homme ne t’a pas touchée, et en plus il a de très belles mains !

_Ferme là ce n’est pas le moment, je suis en consultation !

Sa voix intérieure mise de côté, elle invita ce patient à lui compter des éléments de son passé ayant trait à la rencontre d’avec sa femme. Ce qu’il fit des plus longuement mais sans s’attarder sur les détails. Il s’attarda sur le lien qui l’unissait à son épouse. Un lien qui aurait pu avoir trait avec l’amour ou tout autre sentiment similaire. Mais du point de vue de cet homme, il n’en était rien. En effet, celui-ci s’était marié pour des raisons financières. Sa femme et lui ayant beaucoup d’impôts à payer, ils décidèrent d’un commun accord, après deux ans de vie commune, de se marier et de fonder une famille. Raison des plus censée, mais en plus de cela, il ne cachait pas le fait qu’il avait une vie sexuelle épanouie avec cette femme, qu’il n’avait eu avec aucune autre auparavant. Il insista tellement sur ce dernier point qu’il semblait évident que le sexe faisait partie intégrante de sa vie, qu’il régissait sa vie.

En plus de ça c’est un chaud lapin ! Tu devrais en profiter, ça ne peut pas faire de mal de prendre son pied avec un dépressif notoire, non ?

_Si ! Je ne mélange pas plaisir et boulot.

_Ah oui ? Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé l’an dernier avec ton assistant !

Stop, elle devait faire taire cette immonde conscience et reprendre ses esprits. Elle n’était pas encore en mesure de tirer des conclusions sur ce patient, mais cela viendrait avec le temps. L’heure venant de s’achever, la séance était terminée. Elle expliqua à ce patient, qu’elle avait besoin de plus d’éléments pour l’aider, et que si il le souhaitait elle pouvait le revoir la semaine prochaine, même jour, même heure. Ils convinrent donc d’un rendez-vous et ce monsieur s’en alla.

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25 novembre 2007

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Peut-être un début de quelque chose...

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Assise à son bureau, elle attendait sagement que son rendez-vous de 16h daigne montrer le bout de son nez. Sa secrétaire était déjà partie : sa baby-sitter ne pouvait pas aller chercher les enfants à la crèche. Mais elle n’était pas dupe, les années de métier derrière elle lui indiquait clairement qu’un homme se cachait là-dessous. D’ailleurs, elle l’avait à l’occasion surprise dans l’ascenseur en galante compagnie, et surtout en de fâcheuses postures. Quoi qu’il en soit, elle restait donc seule, dans son immeuble du 16ème arrondissement de Paris, à contempler, par la fenêtre, les passants. Une majorité de vieilles dames qui se rendaient probablement à leurs clubs de bridge favoris, ainsi que quelques étudiants habillés de façon chic et ostentatoire. Ses pensées dérivaient doucement vers ses années d’étude à l’université Paris Descartes, et plus spécialement vers ce beau jeune homme.

Beau, non je devrais plutôt dire divin ! Comment s’appelait-il déjà ? Hum, je ne me rappelle plus, mais ça n’a guère d’importance. L’important c’était son physique. Brun, les yeux bleus, une belle musculature se dessinant sous son t-shirt. Aussi intelligent que beau à en croire les rumeurs. En fait, c’était un bon parti dans à peu près tous les domaines. Mis à part qu’une pimbêche blonde lui avait déjà mis le grappin dessus, même si ça ne dura pas. Toujours est-il que vu qu’il était inaccessible, mon esprit ne pouvait s’empêcher de fantasmer sur lui à chaque fois que je le voyais.

_Dans ce cas, fantasmer est un euphémisme. Tu veux plutôt dire que tu prenais ton pied dans des plans qui auraient eu leur place dans un film porno !

_Oui bon, peu importe ! T’aurais fait quoi à ma place ? J’étais seule, perdue dans mes bouquins en vue de décrocher brillamment mon diplôme de psychologue clinicienne, ce que j’ai fait par ailleurs, mais là n’est pas la question. Bref, il me fallait bien un petit remontant de temps en temps.

_T’aurais pu aussi bien te contenter de ton mec !

_Mais c’est différent, Christophe était loin d’être aussi sexy ! Et puis je te rappelle que ça n’a pas vraiment durer lui et moi ! Et puis d’ailleurs, tu es qui pour me parler de la sorte ?

La sonnette de la porte d’entrée mit fin à la discussion qui se tenait dans son esprit fatigué. Elle se retourna, inspira un grand coup et appuya sur l’interrupteur afin d’ouvrir la porte. Maintenant, elle devait se remettre au travail, un patient l’attendait, un patient qui n’était pas là pour écouter ces amours déchus de jeunesse. Elle se leva et alla d’un pas ferme accueillir ce nouveau venu, qu’elle projetait bien de compter incessamment sous peu dans ces patients les plus fidèles.

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24 novembre 2007

Untitled

Peut être un début de quelque chose...

**********

Un paysage apocalyptique. La rue était jonchée de débris, il ne restait rien des immeubles alentour, juste quelques pierres encore debout pour attester de la civilisation qui se trouvait ici hier encore. Des flammes sortaient d’une vieille bâtisse au bout de la rue, une épaisse fumée noire sortait des décombres. Le ciel était gris noir comme les veilles d’orage, sauf qu’il n’y avait ni éclair, ni tonnerre. Au lieu de cela, on pouvait savourer un infini silence de mort. Seuls les craquements des immeubles pris sous l’assaut des flammes subsistaient. Je marchais aux côtés de David au milieu de ce qu’il restait de la chaussée. Autour de nous, l’essence s’écoulait des voitures calcinées, l’odeur familière des stations services devenait à présent étouffante. Soudain, un cri brisa ce perpétuel silence. Je tournais la tête pour découvrir, non loin de nous, une femme allongée sous les ruines de ce qui était auparavant un frigo. Rapidement, je me portais auprès d’elle, David sur mes talons.

« S’il vous plaît, mon fils… fit-elle dans un souffle, le doigt pointé en direction d’un mur qui s’était visiblement écroulé sur une table.

_Ca va aller Madame. » répondis-je peu convaincue.

J’essayais de prendre son pouls mais je ne sentais rien, aucun battement. La femme avait les yeux fermés. Je m’approchais de son visage pour sentir son souffle, mais rien ne vint. J’essayais à nouveau d’avoir son pouls. Plus rien. C’en était fini de cette pauvre femme.

« Viens voir par là, il y a un petit garçon sous le mur ! » me cria David. Immédiatement, j’accourrais auprès de lui, et constatais avec effroi qu’il y avait bel et bien un garçon sous ce mur. Il devait avoir dix ans à peine, il semblait avoir des difficultés à respirer. David lui tenait la main en essayant de le rassurer.

« Il faut le sortir de là. » C’était une évidence, encore fallait-il trouver une solution.

David chercha de quoi soulever les débris qui retenaient le garçon prisonnier. Pendant ce temps, je tentais vainement de réconforter le petit garçon.

« Dis moi, comment tu t’appelles ? demandais-je.

_Joshua.

_Joshua, c’est un bien joli prénom que t’as donné ta maman dis donc. Dis moi, Joshua, quel âge as-tu ?

_10 ans. Je suis grand maintenant t’as vu. Mais maman me prend toujours pour un enfant. »

            David revint enfin, une immense planche de bois dans les mains. Il la glissa sous le bout de mur qui empêchait Joshua de sortir des décombres, et commença à appuyer de toutes ses forces en vue de soulever le mur. Cela lui prit quelques minutes mais il finit par le soulever suffisamment pour que je puisse aider Joshua à sortir. Une fois l’enfant sortit, on put constater avec soulagement qu’il n’avait que des blessures superficielles. De plus, il pouvait marcher.

« Où est ma maman ? » demanda t-il l’air perdu. David prit les devants et lui expliqua que sa maman avait quitté ce monde pour un autre bien meilleur, mais qu’elle serait toujours auprès de lui dans son cœur. Je remerciais intérieurement David d’avoir prit la décision de répondre à sa question. Je n’ose guère imaginer ce que j’aurais pu lui dire. Depuis la mort de ma mère, j’avais une certaine tendance à manquer de tact. Il faut dire aussi que sa mort ne m’avait pas particulièrement affectée. Cela devait arriver, je le savais. C’était cruel de dire ça, mais je n’avais pas pleuré à son enterrement, et aujourd’hui il ne m’arrivait que très rarement de repenser à elle. C’est ainsi, elle nous avait trop fait souffrir. Elle aurait pu se soigner, mais elle ne l’avait pas fait. L’alcool. A première vue ce n’est qu’un liquide comme un autre, mais dans le fond, une drogue puissante qui vous use et qui tue l’entourage à petit feu. Ironique de constater qu’un liquide fut arrivé à bout de ma mère. Et que c’était ce même liquide qui nous permit à tous de revivre.

Joshua n’avait pas pleuré, c’était un garçon courageux, il avait vu les bombes tout comme nous et en était ressorti grandi, bien plus fort. Maintenant il ne cessait de nous demander ce qui allait se passer. David et moi avions bien du mal à lui donner une réponse concluante. C’est vrai qu’allait-il se passer maintenant ? Maintenant que la ville était à feu et à sang, maintenant que les bombes avaient craché leur venin, que devions-nous faire ? David décida qu’il valait mieux ne pas rester dans le coin. Ainsi, Joshua, David et moi prîmes la direction de la sortie.

A travers les débris épars de ce qu’il restait de Paris, nous marchâmes longtemps avant de nous retrouver face à un nouveau survivant. Il était vieux, sale et débitait de longues phrases incompréhensibles. Il priait Dieu et racontait que le Diable venait de nous envoyer un avertissement : l’apocalypse était en marche. Quand il nous vit, il courut vers nous et avec emphase nous conta l’apocalypse tel qu’il allait arriver. Il accrocha le bras de Joshua, le regarda dans les yeux d’un air méprisant et dit :

« Petit, tu vois Il nous rappelle à lui, tu dois te laisser faire, et Le suivre. Il faut suivre La voie. »

David le repoussa violemment, prit la main de Joshua et l’éloigna du vieil homme. Je les suivais, évitant de justesse la main poilue du vieillard, les doigts tendus vers moi. Alors que nous nous éloignions de lui, il continuait de débiter ses sempiternelles inepties. Au loin, on pouvait apercevoir les restes d’un pont. Il n’y avait pas si longtemps, le pont Alexandre III se dressait encore fièrement au dessus de la Seine. Quarante huit heures plus tard, il ne restait que ruines. Des monceaux de pierres se perdaient dans les méandres du fleuve parisien. On pouvait même apercevoir un bout de lampadaire résistant aux courants.

La nuit commençait à tomber, il n’était pas si tard, mais la poussière et la fumée accumulées dans les nuages rendaient le ciel presque noir. Le soleil commençait à décliner derrière les vieilles bâtisses encore debout malgré les flammes. Bientôt, il ferait nuit noire. Une nuit sans étoiles qui amènerait avec elle peur et désolation. Tout comme lors de la nuit précédente, les survivants sortiraient de leur trou et reviendraient piller les vitrines détruites par la déflagration.

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Désert

« Sat. à 92. Tension à 8/5… » Des voix, partout des voix. D’incompréhensibles murmures tout autour de moi. « Attention il ouvre les yeux. Monsieur ? Monsieur ? Vous m’entendez ? » Oui je vous entend, mais je ne peux pas répondre. Ma bouche ne répond plus au contrôle de mon cerveau. « Ne cherchez pas à parler, vous avez un tube dans la gorge pour vous aider à respirer. » « Il s’est à nouveau évanoui. La tension diminue encore. On va le perdre ! »

De la lumière partout autour de moi. Je n’ai jamais vu autant de lumière. On dirait… oui c’est ça, on dirait un désert. Je marche, non je cours, mais vers quoi ? Ou plutôt vers qui ? Je la vois enfin. Ses cheveux virevoltent au vent, elle porte sa petite robe rouge que j’aime tant. Elle me tend les bras et me crie quelque chose. Mais je n’entends pas ce qu’elle dit, le vent autour de nous souffle trop fort. Le sable s’envole, les végétaux morts tournent autour de nos jambes, et toujours cette lumière si forte que je peux à peine ouvrir les yeux. Le vent entraîne les grains de sable jusqu’à nos yeux, bientôt je n’arrive presque plus à la distinguer. Anna…

« La tension continue à chuter, la sat. aussi. » Toujours ces voix. Mais je ne veux pas les entendre. Non je veux le désert, à nouveau le désert. Le désert, le soleil, le vent même… tout tant qu’elle est là avec moi. Je veux la prendre dans mes bras, sentir son corps contre moi, sentir son odeur imprégner mes narines, sentir ses lèvres doucement posées contre les miennes.  « Attention il fibrille ! »

Je cours encore, je cours droit sur elle. Je la vois les bras tendus vers moi. Je cours toujours plus vite, je sens mon pouls s’accélérer, mon cœur s’emballe tellement je vais vite. J’ai beau courir toujours plus vite, la distance entre nous continue irrémédiablement d’augmenter. Je sens le vent et le sable contre mon visage, mais rien ne pourrait m’arrêter, je veux à nouveau la sentir contre moi. Je continue de courir, je ne peux presque plus respirer. Je la vois s’en aller à nouveau. Le vent et le sable s’enroulent autour d’elle, bientôt je ne vois plus que ses cheveux, ses beaux cheveux bruns. J’aperçois une dernière fois ses magnifiques yeux bleus, et puis plus rien. Elle est partie. Et le vide commence à envahir mon corps et mon esprit. Elle est partie. Je sens l’espoir quitter mon âme, douloureusement. Je sens la vie me quitter. Mes jambes continuent de me porter, mais je ne sens plus la douleur dans mes poumons. Au contraire, je me sens apaisé. Peut être que là bas je la reverrais.

« Ca fait combien de temps ? » « 45 min » « C’est fini, on arrête...  Heure du décès 17h48. »

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Patheticus

Je suis pathétique, pathétiquement pathétique. Croire que l’ont peut vivre dans son imagination sans être touché par la réalité, c’est pathétique. J’ordonne à mon esprit d’imaginer une vie, ma vie comme je la souhaiterais et il le fait, il m’obéit au doigt et à l’œil. Ainsi il me protège de la réalité, de ce qu’il se passe au-delà des frontières de mon imagination. Mon esprit continue de me bercer de cette douce utopie dont est faite ma vie. Et je continue de fermer les yeux et de savourer ce doux rêve.

Mais à l’extérieur, derrière ces hauts murs que mon esprit a érigé pour me protéger, le monde se meut, le monde hurle, se déchire. Les humains s’entretuent dans des guerres sans but. Les pays qui ont le plus de pouvoir ferment les yeux sur des atrocités qu’ils pourraient stopper. Des hommes pillent, détruisent et violent pendant que d’autres hommes, riches et ivres de leur morne quotidien regardent ce déchaînement de violence à la télé.

Mais moi, je ne vois pas tout cela, je me complais dans ma pathétique existence. Cette existence faite de leurres qui me fait fermer les yeux sur la réalité, sur la vie, la vraie ; et qui me cantonne à un monde utopique mais tellement plus beau. Aujourd’hui, j’ai allumé la télé comme des millions d’autres humains au même moment. Et j’ai ouvert les yeux sur ce monde de désolation dont mon esprit m’avait jusqu’alors protégé.

Ce que j’ai ressenti en allumant la télé pour la première fois depuis une éternité, ce que j’ai ressenti dépasse l’entendement. Devant mes yeux ébahis s’étalait la cruauté à l’état pur. Un soldat américain, si fier d’avoir été choisi pour sauver l’Irak, braquait son fusil d’assaut derrière le crâne d’un jeune garçon. Ce même soldat expliquait aux caméras qui le regardaient que ce garçon était un terroriste. Je n’écoutais pas la suite de son discours. Je regardais d’un air torve le petit écran du salon dans lequel le valeureux soldat américain appuya sur la détente.

Et c’est alors que je compris l’hypocrisie de mon attitude. J’avais peut être fermé les yeux sur ce monde, mais le monde n’en restait pas moins à la même place. Je faisais preuve d’autant d’hypocrisie que ce soldat américain qui croyait sincèrement avoir tué un terroriste et fermait les yeux sur la véritable nature de son geste. Je faisais preuve d’autant d’hypocrisie que ces caméras qui filmaient ce même geste dans le but d’informer le monde, mais sans jamais le dénoncer. Mais plutôt que de fermer les yeux, je devais faire quelque chose, je devais agir ou fuir. Toutes les actions humaines et animales peuvent se résumer ainsi, agir ou fuir. Le soldat américain avait décidé d’agir, et bien moi je décidais de fuir. Et à l’instant même de cette révélation, le voisin de l’étage du dessous pu voir comme un ange tombé du ciel. Et le lendemain, on apprendrait ma mort par défenestration dans les faits divers.

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Y'a des jours comme ça

Y’a des jours comme ça…

Déjà le matin quand le réveil sonne, je sais… Devant le miroir de la salle de bain, je me demande ce que je fais là… ce que je fais sur cette planète. Le doute m’envahi. L’image que me reflète le miroir me donne envie de vomir. C’est ce moment, connu de tout le monde, où on ne souhaite plus qu’une seule chose : retourner se coucher. Puis le trajet dans le RER, puis la rue et sa pollution. Volutes de CO2 que j’inspire à pleins poumons. Toujours cette envie fulgurante de dormir afin de laisser ma misérable vie de côté pendant rien que quelques heures.

Aujourd’hui je dois prendre l’avion. Passé quelques heures à attendre à l’aéroport ne m’enchante guère. Mais c’est le principe général de tous les aéroports : faire attendre les passagers, afin qu’ils aient oublier leurs craintes de l’avion. Et aussi pour vérifier que l’appareil qui va nous conduire à bon port au-delà de l’Atlantique ne se crashe pas prématurément en mer. Ce n’est pas mon premier vol alors je n’appréhende pas. Non j’attends simplement avec impatience le moment où je serais installée dans l’appareil. Ce moment où mes yeux commenceront à se fermer. Tout doucement. Mes rythmes cérébral et cardiaque ralentiront de plus en plus. Les muscles détendus. L’esprit ailleurs dans un pays lointain, je commencerai à partir... dans mes songes.

De loin je sens le Boeing commencer son roulement. Le frottement des roues sur le tarmac m’offre ce doux bercement qui fini par m’achever. Et je m’endors alors que l’avion commence à prendre son envol. Je rêve. Je suis nue sur une plage. Le coucher du soleil. Ses reflets rougeâtres sur l’océan. Je sens l’eau se mouvoir autour de moi. Sa douce fraîcheur m’envahi. Au loin j’entends un bruit assourdissant. Des voix qui hurlent. Mais je refuse de les entendre et je me concentre sur l’eau. Toujours ces voix de plus en plus fortes. Toujours plus d’agitation autour de moi. Je ne comprends pas et ne cherche pas à comprendre. Je retourne à la caresse des derniers rayons du soleil sur ma peau nue. Je savoure chaque instant de plaisir que m’offre les vagues ondulant sur mon corps, telles les mains d’un homme effleurant ma peau.

La lumière devint soudain aveuglante à travers mes yeux fermés. J’essaie de les rouvrir mais je ne peux pas. Je sens de l’air, de l’air froid, glacé qui envahi mon rêve. L’instant d’avant j’étais allongé sur une plage de sable fin et là je me croirais dans l’Antarctique. Les rafales froides entrent dans mon être jusqu’à chatouiller mes os. La lumière éblouissante laisse mes yeux inexorablement fermés. Le souffle de l’air se met à tourbillonner. Il aspire tout sur son passage, tel un aspirateur géant. Et l’ouragan m’entraîne avec lui. Et là je me sens partir. Partir loin, dans un endroit où enfin je pourrais rêver sans être dérangée.

Plus tard dans les journaux, ma famille pourra lire ses quelques lignes : « Crash du Boeing 747 à destination de Washington. – Une heure après son décollage de l’aéroport Charles de Gaulle à Paris, le Boeing 747 pour Washington s’est écrasé suite à un incident mécanique, à quelques kilomètres des côtes de Bretagne… Aucun survivant n’a pu être repêché… Le décompte des 177 passagers qui ont péri dans l’accident s’effectue à l’instant même… »

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